Pourquoi un annuaire, pourquoi maintenant
Une association qui vit depuis dix ans dans un quartier. Un artisan installé depuis peu. Un festival que seuls connaissent les gens du pays. Combien de ces richesses restent invisibles, non par manque de valeur, mais faute d’un endroit où les chercher ? Recenser n’est pas un geste anodin. C’est un travail que des organisations internationales elles-mêmes tiennent pour une étape nécessaire avant toute action utile.
Ce que dit le travail de cartographie
Comprendre une communauté dispersée avant d’agir pour elle : c’est le principe qui a conduit l’Organisation internationale pour les migrations à bâtir une méthode entière consacrée à la cartographie des diasporas. L’idée qui la porte est simple. Sans savoir fidèlement qui compose une diaspora, où elle se trouve et ce qu’elle porte, il est difficile de lui donner les moyens de s’impliquer et de contribuer. Cartographier n’est donc pas une fin en soi. C’est la condition pour que tout ce qui vient après ait un sens.
Une étude menée en Nouvelle-Aquitaine sur les diasporas artistiques et culturelles africaines part du même constat, à une échelle plus modeste. Elle montre que ces communautés portent un art vivant, transmis, produit sur place, mais que ce travail reste largement méconnu faute d’un recensement structuré. Le manque n’est donc pas celui de la richesse culturelle. Il est celui de sa visibilité.
Une carte plutôt qu’une liste figée
Un annuaire n’a de valeur que s’il reste vivant. Une liste publiée une fois puis oubliée ne rend service à personne. Ce que rappellent les travaux de cartographie communautaire, c’est l’importance de fiches qui évoluent, se corrigent, se complètent avec le temps, plutôt qu’un instantané qui vieillit mal. C’est aussi une question de justesse. Mieux vaut une carte incomplète mais honnête qu’une carte large mais approximative.
Pourquoi maintenant
Le moment n’est pas neutre. Une diaspora se structure, se retrouve, se reconnaît davantage à mesure que les générations qui la composent grandissent loin du pays d’origine. C’est précisément à ce moment qu’un espace de recensement devient utile. Non pour figer une identité, mais pour donner à voir ce qui existe déjà, souvent en silence, associations, artisans, artistes, festivals, et permettre à chacun de le retrouver.
Un point de départ, jamais un aboutissement
Un annuaire n’est pas un aboutissement. C’est un point de départ, qui ne vaut que par ce que chacun accepte d’y apporter et de vérifier. C’est pour cette raison que Gbatta avance fiche après fiche, région après région, plutôt que de chercher à tout couvrir d’un coup. Une carte fidèle se construit lentement, avec ceux qu’elle représente, jamais à leur place.
Cet article s’appuie notamment sur la Boîte à outils pour une cartographie de la diaspora de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et sur l’étude « Cartographier les diasporas artistiques et culturelles africaines » menée en Nouvelle-Aquitaine par l’Institut des Afriques.
