Pourquoi les peuples se rassemblent autour d’un festival
Il y a des savoirs que le livre ne suffit pas à porter. Une danse ne s’apprend pas sur une page. Un chant ne se comprend vraiment qu’entonné avec d’autres. C’est pour cela que tant de peuples, partout dans le monde, se donnent rendez-vous chaque année autour d’un même feu, sous une forme ou une autre, pour que ce qui compte le plus continue de se transmettre en se vivant.
Un patrimoine qui se transmet en le vivant
Certaines richesses culturelles ne se conservent pas dans un musée. Elles n’existent que tant qu’on les pratique. C’est ce principe qu’a reconnu, en 2003, la convention de l’UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, qui range parmi ses domaines essentiels les pratiques sociales, les rituels et les événements festifs. La fête n’y est pas traitée comme un divertissement en marge de la culture. Elle en est l’un des principaux véhicules.
Ce que ce texte rappelle, avec justesse, c’est que la valeur d’un patrimoine ne tient pas à l’ampleur de l’événement qui le porte, mais à la richesse de ce qu’il parvient à faire passer d’une génération à l’autre. Un grand festival qui ne transmet rien vaut moins qu’une petite fête où un enfant a appris un geste que son grand-père tenait du sien.
Une transmission qui passe par les mains
Un costume, une parure, un tambour ne sont jamais des objets neutres. Leur fabrication, souvent confiée aux plus jeunes sous le regard des aînés, transforme chaque préparatif en véritable école. On y apprend un geste technique autant qu’une histoire, une matière autant qu’une mémoire. C’est une pédagogie qui ne dit pas son nom, mais qui reste, pour beaucoup de savoir-faire artisanaux, la seule qui fonctionne vraiment. Les mains retiennent ce que l’œil seul oublie.
Un rôle qui dépasse la seule communauté d’origine
Un festival ouvert regarde aussi vers l’extérieur. En rassemblant ceux qui pratiquent une culture et ceux qui la découvrent, il nourrit ce dialogue entre modes de vie différents que les instances internationales jugent essentiel au respect mutuel. Cela vaut à l’échelle d’un village comme à celle d’une diaspora. Une culture qui se montre n’a pas besoin de se figer pour être comprise. Elle a seulement besoin d’être accueillie telle qu’elle est.
Une escale à la fois
Un festival n’est donc jamais seulement une fête. C’est un mécanisme de transmission, reconnu comme tel bien au-delà de la communauté qui le porte. C’est pour cette raison que Gbatta choisit de mettre en avant, une à la fois, une région et son festival, plutôt que de dérouler une liste figée d’informations culturelles. Une escale à la fois, le temps de bien la raconter, avant de passer à la suivante. C’est ainsi que se construit, patiemment, une carte fidèle à la diversité des régions et des peuples de Côte d’Ivoire.
Cet article s’appuie notamment sur la Convention de 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO et sur des travaux d’anthropologie consacrés aux objets et pratiques festives.