Pourquoi la diaspora se reconnecte à ses racines
Un arbre qu’on transplante continue de chercher, sous la terre nouvelle, la mémoire de son premier sol. Il en va souvent ainsi de celui qui a grandi loin du pays de ses parents. Un jour, sans que rien ne l’annonce vraiment, il se retourne. Ce n’est ni une mode ni un caprice. C’est un mouvement que l’on retrouve partout où des familles se sont dispersées, puis ont cherché, une génération plus tard, à se retrouver.
Une tension plutôt qu’un manque
Porter deux cultures à la fois n’est pas un fardeau en soi. C’est une tension, et une tension peut se traverser de plusieurs manières. On peut se fondre entièrement dans le pays qui accueille. On peut faire vivre les deux mondes ensemble. On peut se replier sur celui d’où l’on vient. On peut aussi se retrouver sans appui nulle part, et c’est là que le chemin devient le plus rude. Aucune de ces voies n’est supérieure aux autres. Mais un lien vivant avec la culture d’origine, quand il tient, devient un appui plutôt qu’un poids. Des jeunes adultes vietnamiens installés en Grande-Bretagne l’ont montré à leur façon : ceux qui gardent ce lien actif traversent l’épreuve avec davantage de force, tandis qu’un lien affaibli laisse derrière lui des tensions qui peinent à trouver leurs mots. On n’est jamais tout à fait d’ici, ni tout à fait de là-bas. On apprend, avec le temps, à puiser dans les deux rives pour bâtir ce que ni l’une ni l’autre n’aurait pu donner seule.
Ce que les associations construisent en silence
En Belgique, une recherche approfondie s’est penchée sur les associations portées par les communautés africaines. Elle révèle une chose simple : ces associations ne poursuivent presque jamais un seul but à la fois. Elles font vivre une culture, elles s’entraident sur place, et elles gardent un œil tourné vers le pays resté loin. C’est dans ces lieux modestes, souvent peu vus, presque jamais célébrés, qu’une grande part de la transmission se joue réellement. Une danse s’y apprend. Une langue s’y pratique. Une fête s’y retrouve. Rien de tout cela ne fait de bruit, et c’est peut-être pour cela que cela dure.
Ce que la distance donne aussi
Se reconnecter à ses racines ne comble pas seulement un manque. La distance, quand le lien tient malgré elle, apporte aussi un regard neuf. Celui qui a grandi ailleurs revient avec des questions que ceux restés au pays ne se posent plus. Il repart avec des réponses que ceux qui n’ont jamais quitté n’auraient pas cherchées de la même façon. Le pont, ainsi, ne va jamais dans un seul sens. Il porte autant que ce qu’il relie.
Une leçon qui vient de loin
Ce mouvement n’appartient à aucune région ni à aucun pays en particulier. On le retrouve partout où des familles se sont dispersées puis ont cherché à se retrouver. Un espace de reconnexion, qu’il prenne la forme d’une fête, d’une association ou d’un annuaire, ne répond donc pas à un caprice identitaire. Il répond à un besoin réel, aussi discret que constant, chez ceux qui traversent cette expérience.
C’est ce que Gbatta cherche modestement à accompagner. Non pas dire à quelqu’un qui il doit être, mais lui ouvrir un chemin pour retrouver, à son rythme, ce qui compte pour lui.
Cet article s’appuie notamment sur les travaux de John W. Berry sur les stratégies d’acculturation, de Homi Bhabha sur l’identité hybride, ainsi que sur la thèse de Nicole Grégoire (Université Libre de Bruxelles) consacrée aux associations panafricaines en Belgique.
